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Ancien exemplaire de notre Lettre Boursière

Le biais du shopping compulsif


28 mai 2012

Si l’intitulé vous fait imaginer que « l’équipe des daubasses » va donner libre cours à ses penchants « machistes », en visant la gente féminine qui chaque week-end part à la chasse d’un nouveau rouge à lèvre, d’un 150èm chemisier, d’une 80ème paire d’escarpin ou d’autres bonnes affaires de ce type, vous êtes plutôt dans le cliché car nous allons vous parler cette semaine du besoin de shopping compulsif de l’investisseur qui est ,selon les statistiques, le plus souvent ... un homme.

Bien entendu, du point de vue des hommes, le shopping des femmes n’est jamais  justifié car jugé inutile, tandis que le shopping des hommes, sous couvert d’investissement donc avec l’idée sous-jacente d’utilité, l’est toujours.

Et bien non, votre équipe des Daubasses pense que le shopping compulsif des investisseurs est en tout point semblable à celui des consommateurs car le mécanisme psychologique est identique : ne pas être en mesure de maîtriser un besoin irrépressible de dépenser.

Nous allons essayer dans ce petit texte de vous parler de nos propres expériences de shopping compulsif et de vous proposer quelques petites réflexions sur l’importance des liquidités dans la gestion d’un portefeuille.

Savoir garder des liquidités n’est pas une chose facile car comme nous avons tenté de l’expliquer dans l’introduction avec un brin d’humour, il y a toujours une bonne occasion et si elle n’est pas vraiment bonne, nous aurons tendance à dire que c’est quand même  une occasion et, si le marché semble repartir à la hausse, nous pourrons même dire que, même si c’est une occasion « limite », il est bien possible que par après, il n’y en ait plus ... Et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’on soit très loin des prix d’une bonne occasion...

C’est un peu ce qui nous est arrivé, début 2011, après une augmentation de capital, nous disposions de pas mal de liquidités et nous partions du principe qu’un investisseur « value » se devait d’être « full invest » : la hausse des marchés ne risquait-elle pas se poursuivre, nous laissant sur le carreau et surtout sans opportunité ?

Bien entendu, nous avons acheté en suivant à la lettre nos critères de décote et de solvabilité. Mais, avec le recul, nous estimons que nous l’avons fait dans la précipitation et avec insuffisamment de réflexion. En effet, c’est à cette période que nous avons acheté d’obscures sociétés chinoises, renforcé d’autres chinoises déjà en portefeuille et acheté deux ou trois « Pink-Sheet » qui offraient une information financière très légère.

En gros au moment où les réelles bonnes occasions étaient devenues plus rares, nous nous sommes contentés de ce qui restait, succombant, selon notre analyse rétrospective, au « biais du shopping compulsif ». En gros, nous avons claqué toutes nos liquidités dans des achats qui se sont révélés peu judicieux !

Bien entendu on ne peut pas faire à tous les coups des achats judicieux se transformant miraculeusement en « baggers », nous direz-vous ? C’est vrai mais c’est la manière dont nous nous sommes « plantés »  qui nous a le plus dérangé.

Depuis le début de l’aventure Daubasse, nous essayons toujours de d’abord reconnaître nos erreurs, ensuite de les comprendre et enfin d’y remédier en ajoutant des règles supplémentaires, voire plus de contraintes.

Voici donc les quelques règle supplémentaires que nous sous sommes fixées, en intégrant l’idée que des liquidités étaient nécessaires en quasi permanence dans le portefeuille. Car de vraies occasions peuvent surgir à tout moment assez brusquement et il est impératif de savoir en profiter.

En effet, ce que l’on peut penser avoir « perdu » en étant pas investi et donc en gardant des liquidités peu rémunérées peut être d’emblée « récupéré » avec ces bonnes occasions apparaissant brutalement.

Le premier point que nous nous sommes fixé, c’est que plus les liquidités décroissent, plus nos exigences vont croissantes. Lorsque le seuil de 10% de liquidités est atteint, nous n’achetons plus que des évidences : décote importante, solvabilité forte, activité tangible, ...

Nous nous sommes également fixés comme objectif de ne jamais passer sous le seuil de 5% sauf si nous avons ce que nous avons appelé « des liquidités hors portefeuille ».  En d’autres mots, nous demandons à l’avance ce que chaque membre du club prévoit d’investir au minimum, lors de la prochaine augmentation de capital.

Le second point,c’est l’option d’acheter en plusieurs fois selon la limite maximum d’une position de 3.33% du total du portefeuille. Ce n’est pas une option systématique mais nous la pratiquons de plus en plus. Nous devons évidemment cette idée à notre maître « Walter Schloss » : cette stratégie d’achats étalés faisait partie intégrante de sa méthode d’investissement. En fait cette idée d’achats en plusieurs tranche n’était pas applicable à nos débuts lorsque les 3.33 % équivalaient à 500 euros car les frais auraient été trop importants. Par contre, aujourd’hui, grâce à notre performance et aux différentes augmentations de capital, c’est possible.

Le troisième et dernier point, c’est ce que nous avons appelé le « Radin Target price », avec prononciation à l’anglaise obligatoire !!! Car beaucoup plus branché « financial » que la « cible de prix radin ».

Plus sérieusement, il s’agit de passer un ordre d’achat sur une société que l’on veut renforcer ou acquérir à une limite nettement plus basse que le cours en vigueur. Quand il s’agit de renforcer une société déjà en portefeuille et donc achetée en plusieurs fois, le « Radin Target Price » est obligatoirement sous le prix d’achat du premier lot.

Bien entendu, si cette troisième décision a été prise à l’unanimité, nous étions tous curieux de voir comment elle fonctionnerait : passer un ordre d’achat 20% sous le cours actuel peut vous faire croire que cela ne passera jamais. Et pourtant, plusieurs de nos derniers renforcements et achats, sont passés à notre « Radin Target Price ». Evidemment nous avons encore, pour l’heure, des ordres d’achats qui ne sont pas encore exécutés et ne le seront probablement pas.

Ce qui est motivant avec cette approche, c’est qu’elle nous donne le sentiment que c’est bien Mr Market qui se plie à nos exigences et pas lui qui nous fait plier.

Avec la mise en place de cette discipline pour ranger définitivement au placard notre « biais de shopping compulsif », le gros avantage que nous retirons, c’est que moins nous aurons de liquidités disponibles, moins nous dépenserons car nous deviendrons de plus en plus exigeants sur les qualités de l’occasion.

Même quand nous aurons pas mal de « tunes » nous n’hésiterons pas à « saucissonner », à acheter par petits lots : un petit lot payé un peu trop cher peut être équilibré par un second lot payé beaucoup moins cher pour en faire une position au prix très attractif. Et si le marché n’est pas en solde ou si nous hésitons sur le fait qu’il le soit ou non, c’est nous qui imposons les soldes car nous jouons les « gros » radins en fixant nos prix !

Si vous expérimentez cette approche sur votre portefeuille et que vous constatez vous être débarrassé de votre biais de shopping compulsif, filez le tuyau à votre épouse, si vous la jugez compulsive dans son shopping !


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