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Ancien exemplaire de notre Lettre Boursière

L’effet d’appartenance


15 février 2012

Essayons de comprendre ensemble le mécanisme psychologique qui opère en nous lorsqu’un investissement est dans le rouge vif et qu’un espoir sans fondement, allant parfois même à l’encontre de fait précis démontrant que l’on s’est trompé, nous pousse à le garder coûte que coûte.

C’est donc de la difficulté de vendre dont nous allons vous parler dans ce troisième volet de notre « trilogie » sur la psychologie  de l’investisseur.

« Plein d’espoir, dans ce petit espace du cerveau où nous prenons nos décisions d’ investissement, notre conviction est faite. Une des difficultés qu’il nous faut parvenir à surmonter pour vendre c’est l’attachement que nous ressentons pour la position que nous détenons. Après tout, dès que quelque chose nous appartient, nous avons tendance à nous attacher naturellement. Cet attachement que nous ressentons pour les choses que nous avons achetées est appelé « l'effet d’appartenance », par les psychologues et les économistes et nous y sommes sensibles dans le cadre de nos transactions financières. C’est ce même attachement qui nous empêche de nous séparer de cette vieille veste de sport qui reste accroché a notre portemanteau et que nous ne portons jamais.

L’investisseur développe une parenté avec ce sentiment. Chaque achat qu’il effectue est chargé d’une signification en tant qu’extension de sa propre personne, un peu comme chez un enfant. Une autre raison pour laquelle l’investisseur ne vend pas, même quand la position perd de l’argent, c’est parce qu’il veut encore espérer. Pour un très grand nombre d’investisseurs, au moment de l’acte d’achat, le jugement critique s’affaiblit et l’espoir monte en puissance dans la conduite du processus décisionnel
. »

L’auteur de ce passage est David Shapiro psychologue et professeur à l’université New School de New York.

Nous ne nous souvenons pas avoir lu une explication aussi simple et aussi brillante sur ce « sentiment d’appartenance » : « Chaque achat est chargé d’une signification en tant qu’extension de notre propre personne... ». Et c’est évidemment le fait de penser que l’action d’achat est comme une partie de nous même, qui crée la difficulté de juger cet achat comme une chose négative à un moment donné, ce qui signifie alors, par extension que nous nous jugeons idiots et surtout que nous allons apparaître comme tel.

Dans un autres texte nous avons essayé de comprendre pourquoi la majorité des investisseurs sont « moutonniers »... En résumé, copier les autres est un acte naturel que l’on retrouve à tous les stades de notre vie : enfance, adolescence, âge adulte, ... Et qui n’a pas, en général, la moindre conséquence négative dans la vie de tous les jours.

Tout comme l’effet « moutonnier », nous retrouvons, le « sentiment  d’appartenance » en dehors de l’investissement.

Prenons quelques exemples simples pour illustrer ce sentiment.

Vous invitez des copains amateurs de bon vin à dîner et vous achetez deux bonnes bouteilles que vous jugez sortir des sentiers battus dans le but « d’épater la galerie ». Au moment où vous avez rempli les verres, qu’attendez-vous, sinon, des compliments sur vos choix ?  Car cela signifie que vous avez bon goût, en matière de vin, et bon goût tout court. Votre égo est flatté et tout le monde aime cela. Dans le cas contraire, si l’un de vos amis fait la grimace, puis vous avoue qu’il n’aime pas, c’est vexant... Mais si ce n’est qu’un de vos amis cela passe encore, vous vous direz « après tout, chacun ses goûts ». Par contre, si tout le monde fait la grimace, c’est un véritable malaise qui vous traverse le corps et l’esprit. Au lieu de remettre en cause vos choix, vous aurez tendance à penser que vos amis n’y connaissent pas grand chose et que finalement, le véritable amateur de vin c’est vous !

Autres exemple : quand on vous demande : « et alors, tes vacances ? ». Vous répondez toujours avec un enthousiasme délirant sur les merveilles de l’endroit de villégiature que vous avez choisi même si elles furent « merdiques ».

La grande majorité d’entre nous ont peu de regards critiques sur ce que nous choisissons ou achetons. En tous cas, même si nous admettons que nous nous sommes trompés, il importe de sauver les apparences pour les autres, en faisant comme si c’était top, extra.

Revenons à l’investissement. Il nous faut nous demander comment nous devons faire pour éviter que ce sentiment d’appartenance parasite nos prises de décisions, pour éviter d’encore espérer quand il n’y a plus rien à espérer pour maintenir en permanence son jugement critique et ne pas se laisser aveugler par un espoir béat et sans fondement quand nous prenons la décision d’investir ?

Nous pensons dans l’équipe des Daubasses que seul une méthode d’investissement pertinente et rationnelle offre  une distanciation suffisante entre nous-même et ce que nous achetons.

Car d’une certaine manière, c’est notre méthode qui prend les décisions d’investissement à notre place et qui fixe aussi les moments de vente avec d’autres critères précis.

Une méthode d’investissement pertinente pour l’équipe des « Daubasses », doit nécessairement répondre a quelques critères fondamentaux.

Chaque filtre doit être être à la fois chiffré et défini avec un maximum de bon sens.

Avec ces filtres, vous devez savoir exactement quand vous achetez et quand vous vendez. Rien, ne doit être laissé à votre appréciation du moment dans les deux sens.
Vous devez enfin porter réflexion sur la taille de vos positions ; en d’autres mots, réfléchir à la diversification optimale par rapport à votre méthode et également par rapport à votre confort psychologique. Ne pas être psychologiquement confortable avec les pertes dictées par votre méthode vous poussera très vite à changer de méthode, voir à l’appliquer partiellement ! Ce qui conduira forcément à l’échec.

En conclusion, nous pensons qu’il est primordial de comprendre votre « mécanique » psychologique naturelle plutôt que de la nier ou de faire semblant de la maîtriser dans certains moments dont nous savons pertinemment que nous n’y parviendrons que partiellement

Plus nous essayons d’approfondir le sujet « psychologie », plus ce sujet nous semble capital pour réussir ses investissements car  comprendre nos réflexes,  permet de mettre en place des systèmes raisonnés écartant nos émotions dans différentes situations qui créent de la tension.


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