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Le tableau des flux de trésorerie et la valeur des immobilisations corporelles


jeudi 10 mars 2011

Dans un précédent article, nous vous avions expliqué, cher lecteur, toute l’utilité du tableau des flux de trésorerie pour tenter de mesurer la juste valeur des postes de l’actif courant.

Mais il y a mieux ! En effet, cet outil nous semble aussi tout aussi utile, si pas plus, pour déterminer si les immobilisations corporelles sont bien inscrites  à leur juste valeur. 

En effet, certaines immobilisations conservent de la valeur sur une assez longue période (comme un bâtiment ou un terrain). D’autres en perdent assez vite (par exemple : du matériel informatique). 

Il se pose alors une question : comment savoir si la valeur reprise dans les comptes pour ces immobilisations correspond bien au prix que l’on en obtiendrait si on les réalisait immédiatement ?

Comme vous le savez sans doute, la valeur des immobilisations corporelles reprises au bilan correspond, en principe, à leur valeur d’acquisition diminuée des amortissements actés chaque année en vue d’en matérialiser « l’usure ».

Afin de vérifier que ces amortissements correspondent bien à l’usure réelle, nous vous proposons de consulter les rapports financiers de l’entreprise visée sur une période d’au moins dix ans.

En principe, une fois complètement usé (ou amorti), un bien doit être remplacé. Si le remplacement doit se faire avant que le bien ne soit entièrement amorti dans les comptes, il y a fort à parier que la direction n’applique pas correctement les règles d’amortissement en étant trop optimiste quant à la durée de vie des investissements. A l’inverse, si l’entreprise conserve une immobilisation bien après son amortissement total, on peut estimer que la direction est prudente dans le choix de ses règles d’évaluation et que la valeur des biens au bilan est peut-être sous-estimée (avec, à la clé, des possibles « survaleurs » cachées) : un équipement ou un immeuble repris pour zéro dans les comptes mais qui ne nécessite pas de remplacement par l'entreprise pour maintenir la performance de l'outil de production vaut forcément plus que ce fameux "zéro".

Pour mettre ce point en évidence, le tableau des flux de trésorerie nous semble l’outil idéal : il suffit de vérifier si, sur une longue période, la société amortit plus qu’elle n’acquiert d’immobilisations. Dans ce cas, nous avons peut-être une chance de détenir des actifs sous évalués dans les comptes et donc, un joli potentiel de revalorisation. 

Prenons l’exemple de Chromcraft Revington.

Sur l’ensemble des 10 dernières années, la société a acquis pour un total de 5,9 mio de dollars d’immobilisations corporelles. Ce montant, nous avons été le chercher dans la 2e partie du tableau des flux de trésorerie : les flux des activités d’investissement.

Nous allons le comparer avec le total des amortissements actés sur la même période. Ce montant se trouve dans le haut du tableau des flux : les flux des activités opérationnelles. Nous obtenons une somme cumulée de 35,6 mio de dollars soit une somme six fois supérieure au montant des investissements. 

Ceci semble bien démontrer que la direction de Chromcraft amortit plus vite qu’elle ne renouvelle ses investissements et tend à nous rassurer sur la juste valeur des actifs corporels. 

Néanmoins une question peut être soulevée : est-il possible que la société soit en décroissance et donc que la direction ait désinvestit afin d’adapter la dimension de l’outil opérationnel au volume d’activité ? Après tout, c’est de daubasses que nous parlons.

Dans le cas de Chromcraft, c’est certainement le cas : le chiffre d’affaires a divisé par 4 en 10 ans.  Nous appliquons alors un deuxième ratio : nous comparons l’évolution des actifs corporels nets au chiffre d’affaires.  Il y a 10 ans, ces actifs représentaient 17,2 % du chiffre d’affaires. Aujourd’hui, il représente 13,3 %. Si la direction a bel et bien adapté l’outil opérationnel au chiffre d’affaires, nous constatons qu’en terme net, la diminution des immobilisations a été supérieure à celle du chiffre d’affaires et on peut donc raisonnablement penser que cette différence de ratio correspond au surcroît d’amortissements réalisé au-delà de la vraie usure des biens d’investissement. 

Dans le cas présent, on peut donc raisonnablement penser que la valeur des actifs corporels reprise au bilan correspond au moins à leur juste prix, voir en est légèrement inférieure.

Le tableau des flux de trésorerie : un outil indispensable et trop peu utilisé par les investisseurs « value ».


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